Quelle est la lutte contre la drogue ?

Publié le : 18 novembre 20226 mins de lecture

La lutte contre la drogue va de mal en pis, avec l’insistance de l’auto-illusion qui corrompt la société et remplit les prisons du pays. Dans la lutte contre les drogues illicites, on va de mal en pis. Jusqu’à quand va-t-on insister sur cette auto-illusion policière-répressive-ridicule qui corrompt la société et remplit les prisons du pays ? On fait cette observation parce qu’il y aura un vote à la Chambre des représentants sur un projet de loi qui durcit encore les sanctions imposées aux utilisateurs et aux trafiquants.

Une guerre aux drogues ?

Tout d’abord, ne soyez pas naïfs, la ligne séparant ces deux catégories est plus que nébuleuse : qui utilise, trafique. L’étudiant issu d’une famille privilégiée achète-t-il de la drogue juste pour lui ? Le garçon de la périphérie résiste-t-il à la tentation de vendre une partie du paquet pour réduire le coût de sa part ? Comment le dealer de crack du caniveau, qui a pour principe de ne pas voler ou mendier, économise-t-il ses ressources ? Dans la rue, c’est le policier qui décide de la conduite à tenir face à un toxicomane pris sur le fait. Entre l’étudiant blanc aisé et le mulâtre de Capuche ronde, pouvez-vous deviner qui sera arrêté comme trafiquant de drogue ? Bien que considérée comme tolérante, la législation en vigueur a aggravé la situation dans les prisons. Cette année-là, 47 000 personnes ont été arrêtées pour trafic, ce qui correspond à 14 du nombre total de prisonniers dans le pays. Ce nombre est passé à 106 000, soit 21 % du total. Si on tient compte du fait qu’environ 120 arrestations sont effectuées par jour, alors que le nombre de libérations quotidiennes n’est que de 100, on en conclue qu’il est nécessaire de construire deux nouvelles prisons tous les trois mois. Le projet de loi soumis au vote propose plusieurs actions pour le moins controversées.

Parmi elles, l’accent mis à tort sur l’hospitalisation obligatoire, alors que les études montrent que le suivi ambulatoire est la stratégie la plus importante pour la réinsertion familiale et sociale des toxicomanes. L’isolement n’est justifié que dans des cas extrêmes où il y a un risque de mort. Le projet de loi propose une classification surréaliste des drogues en fonction de leur pouvoir addictif, selon laquelle une personne prise avec du crack serait condamnée à une peine de prison plus longue que si elle était porteuse de marijuana. Dans le passé, les Américains ont adopté une loi similaire qui condamnait un dealer de crack à passer plus de temps en prison qu’un dealer de cocaïne en poudre. Les défis judiciaires et les problèmes pratiques étaient tels que la loi a été abrogée, il y a plus de dix ans. Le projet de loi accorde une attention particulière à la création d’un incroyable registre national des utilisateurs. L’article 16 stipule que les établissements d’enseignement doivent remplir un formulaire de notification, de suspicion ou de confirmation de l’usage et de la dépendance aux drogues et aux substances narcotiques aux fins d’enregistrement, d’étude de cas et d’adoption de mesures juridiques.

Les enseignants seront-ils recrutés comme informateurs des élèves auxquels ils sont censés servir de modèles ?

Les écoles les plus chères vont-elles dénoncer les enfants qui fument de l’herbe pour qu’ils soient inscrits sur le registre national et fassent l’objet de poursuites judiciaires ? Le plus grave, cependant, est le durcissement des sanctions. Selon la loi actuelle, la peine minimale pour le fournisseur classique est de cinq ans ; le nouveau projet propose huit ans. Les personnes prises en possession de matériel utilisé pour la préparation de drogues, punies de trois à dix ans en vertu de la législation actuelle, purgeraient une peine de huit à vingt ans. Les peines actuelles de deux à six ans pour les informateurs travaillant pour des gangs de trafiquants de drogue seraient portées à six à dix ans. Et ainsi de suite. Alors qu’un meurtrier lâche répond au processus en toute liberté, ceux qui sont arrêtés avec des drogues le font dans un régime fermé. On  ne veut pas entrer dans la discussion sur le temps qu’un dealer mérite de passer en prison, ce qui m’intéresse c’est de savoir combien on va dépenser pour les mettre en cage.

Prenez l’exemple d’un pays, qui compte 150 pénitenciers et 171 prisons publiques. Rien que pour réduire l’absurde surpopulation actuelle, il faudrait construire 93 pénitenciers supplémentaires. Si on tient compte du fait qu’environ 120 arrestations sont effectuées par jour, alors que le nombre de libérations quotidiennes n’est que de 100, on en conclue qu’il est nécessaire de construire deux nouvelles prisons tous les trois mois. Selon les normes d’aujourd’hui, la construction d’une prison pour 768 prisonniers, plus de la moitié du coût d’une maison populaire de deux chambres avec salon et cuisine, qui pourrait sortir une famille des bidonvilles. L’argent dépensé pour la construction est une somme dérisoire par rapport au coût de son fonctionnement 365 jours par an. Le projet de loi qu’ils vont voter est peut-être plein de bonnes intentions, mais, comme le disait ma grand-mère, l’enfer en est plein.

Plan du site